Cher Jérôme Creel
Merci de votre article, sur lequel je vous dit à l’avance que vous touchez pratiquement tous les points importants, comme un vrai artiste, avec des petits pinceaux, d’une façon étonnante et aussi remarquablement profonde. Vous me dites « Avant tout, je vous remercie de vos commentaires sur le texte que j’adresse, et dont vous êtes le premier lecteur, » Et voici donc mes commentaires, et j’en profite pour parler de mon pays, de nos gens, de nos drames.
La question que j’ai posée, et on a vu que j’ai eu raison en la poser sur la table, questionne le futur de la zone euro et de l’euro sûrement. Et naturellement questionne le fameux modèle économique et social européen dont les américains parlent encore.
En effet prenons le cas portugais: le chômage augmente, soit de courte soit de longue durée, l’emploi des jeunes atteint des taux incroyables, le système de santé est en point de rupture, même qu’on ne le dise pas. L’exemple : ce que vient d’arriver dans une grand hôpital dans cet été assez chaud est exemplaire. Le système de l’air conditionné est entré en panne. On atteint dans l’hôpital 42 degrés et tout le système a été bloqué. Par exemple, pour économiser des sous, personne ne le dis pas, on transfère des interventions chirurgicales et on épargne dans le blocus opératoire! On commence à épargner dans les médicaments de pointe, les infirmiers gagnent au niveau inférieur à une femme de ménage et quelque jour avec les médecins peut arriver à peu près la même chose. On n’imagine pas leurs conditions de travail, leurs rémunérations aussi, au privé. Il y a aura beaucoup à recevoir moins de 800 euros par mois. De la folie. Et on pourrait continuer.
Si on passe au système de l’enseignement nous sommes au même niveau. Milliers et milliers d’enseignants ont demandé le passage à la retraite parce qu’ils ne supportent les conditions de travail. Les classes sont surpeuplés, trop remplies, les enseignants sont épuisés par les charges de travail et en plus pour les immenses travaux bureaucratiques. Le coût à terme de cette dégradation seront énormes. Si on passe au niveau de l’enseignement supérieur, ici le drame est immédiat avec les réformes soi-disant néolibérales, dites aussi de Bologne, avec des gens que sortent vers la retraite et ne sont pas remplacés. Maintenant on exporte encore des gens qualifiés jusqu’à quand? Dans la plupart des cas on a déjà des claires signes de rupture au niveau de la qualité sans aucune marge de doute. On fabrique de l’ignorance dans la plupart des nôtres Universités, maintenant. Et je vous assure, les enseignant font de leur mieux. Mais qui exporte des gens, pas des marchandises, est un pays que va rester un pays de vieux, car la jeunesse va alimenter les flux migratoires en direction vers l’Allemagne, à coût zero pour ce grand pays. On réussit donc à exporter la plus difficile marchandise à exporter au monde, dans les dires de Adam Smith, mais curieusement à coût zero pour qui la reçoit ! Jusqu’à quand? Jusqu’à que le dernier jeune portugais en partant nous éteigne la lumière et nous ferme la porte, pour rappeler l’image de Edward Hugh? On peut, donc, parler alors d’enterrement d’un pays et bien confirmé à terme.
Mais si on passe au niveau marché de travail, bon, ici c’est la jungle, la plus pure. La chasse au niveau plus bas des salaires est sans limites et sans aucune vergogne. On dira même au niveau des droits: l’État ? Ça n’existe pas. Tout le cadre légal du marché de travail a été volé en éclats; à sa place reste la jungle.
Trois petits exemples :
- Un jeune diplômé avec cours de comptabilité trouve comme emploi la vente au domicile des portables téléphoniques dans les milieux profondément ruraux. Donc il veut se dont personne dans ce cas a besoin. Il le sait, il le dit. Son contrat, travaille à la pièce, il gagne selon les ventes mais… il y a un chiffre de référence pour les ventes, s’il dépasse ce chiffre, il majore son salaire de référence, disons, très, très bas. Si il reste avec un chiffre de ventes inferieurs au valeur de référence son salaire de base diminue et si ça continue pendant deux à trois semaines de enfilée il est mis au dehors, chômage à nouveau. Il travaille pour la multinationale de base nationale, la PT, mais selon un régime de sous-traitance avec une petite entreprise locale. La multinationale, celle-ci a les mains propres. Aujourd’hui ce jeune cadre travaille en Suisse dans une usine de verre, à choisir les pièces de mauvaise qualité. Et quelle souffrance mon Dieu pour arriver à cette situation, elle-même bien précaire…
- Deuxième exemple: un ancien élève de ma Faculté cherche emploi. Il voit une annonce pour une entreprise de vente de maisons, REMAX, multinationale. Il y soumet son dossier, sa candidature. Il est admis… Il est admis mais on lui suggère, comme à bien des autres, de faire un cours de formation dans la même entreprise, payé en métal sonnant, en cash, par le candidat lui-même. Ensuite et selon la notation il pouvait rester, être admis, on non pas!
- Ce jeune, avec une licence, avec un bon DEA est, quelques mois après, admis après des dures épreuves pour être cadre dans une Banque de dimension nationale. Il y a trois séries d’épreuves, une après l’autre et bien dures. Il a passé, il est admis. Finalement il y a eu un contrat en due forme. Selon ce contrat les premiers six mois il serait à l’expérience. Ensuite on passera à la situation de contrat de duration indéterminée. Pendant le sixième mois de sa première période, son chef lui a dit d’être tranquille, que son contrat serait renouvelé. Dans les trois semaines avant la fin de son contrat de six mois (et aussi avec l’exclusion des 12 jours suivants que serait ses vacances), son supérieur hiérarchique (directeur du département des études économiques), lui a dit qui il avait eu une réunion avec son supérieur hiérarchique (le directeur général, directeur de tous les services centraux) et que dans cette réunion a été prise la décision (qui tous deux ont convenu), que on lui irai prolonger son contrat, c’est-à-dire qu’il passerait à la situation de durée indéterminée (une fois terminé ce période de 6 mois).
- Dans les 10 dernières minutes de son dernier jour de travail (exactement sans avoir encore joui de les 12 jours de vacances auxquels il avait droit), son supérieur hiérarchique l’informe que son contrat ne serait pas renouvelé, et qu’il s’agissait d’une décision du directeur des ressources humaines et que lui-même a été pris par surprise, puisque lui et son superviseur avaient donné des indications contraires. La différence entre les deux communications du même chef on la croit justifiée de la suivante manière: entretemps le gouvernement a fait un accord avec les banques pour l’emploi des jeunes, selon lequel les banques recevraient des contreparties. Pour ça, il faudrait mettre au dehors de gens dont le coût d’être mis au chômage est nul, des gens que ne donnaient pas droit à des subventions. Ceci a été le cas mais le plus curieux est que son chef a été lui-même qui a conduit toutes les épreuves de sélection, et était celui qui se prononçais orgueilleux de ses choix par rapport à d’autres choix, et c’est lui-même qui lui a dit trois semaines avant: soit tranquille, votre contrat sera renouvelé. Maintenant, il a dit que la réalité lui échappait, c’étaient des ordres…
On pouvait continuer à raconter des histoires, pour vous expliquer que le marché de travail que a été un acquis du modèle d’intégration européenne est aujourd’hui un vraie coquille VIDE. Au lieu de dire, «Mon gars, regarde, c’est le marché », on doit dire: « protège-toi car, du aux politiques de la Troika, il n’a pas de marché! »
De ma part j’ai écrit une lettre ouverte au Ministre du Travail du temps de Sócrates, avant la Troika, pour demander la création d’une Agence pour protéger la jeunesse en quête du premier emploi, dans cette vraie jungle, dans ce pays qui s’intéresse pour ces jeunes que ne seront jamais le futur de ce pays, car maintenant ils sont condamnés à ne pas être rien du tout dans l’échelle sociale?
Le sentiment qu’on a aujourd’hui est que l’État portugais est une énorme machine à créer des impôts, à voler l’argent de votre poche, pas plus. Une exemple sur lequelle j’ai déjà écrit aux journaux: à l’Algarve, au sud de Portugal, nous avons une ville très belle par ses valeurs historiques. Aujourd’hui la marginalité est terrible dans les milieux urbains. Police? Au maximum, prenne des notes si votre maison est saccagée, on n’a pas de personnel suffisant en nombre et qualité pour poursuivre les voleurs. Mais mon cher ami, imaginez que vous passez dans cette belle ville en voiture. Vous êtes plein de soif et vous voulez vous reposer et boire une bouteille d’eau. Vous arrêtez votre voiture. Vous sortez tout seul. Il faut acheter le ticket de stationnement à 100 mètres environ. Vous y allez et vous retournez vers la voiture. Bon, probablement vous avez été déjà puni par ne pas avoir de ticket !!! Et là, vous en avez des policiers, deux policiers et un inspecteur. Pour les marginaux, vous n’avez pas des policiers pour vous protéger à vous et à vos biens, mais pour vous punir, vous avez trois, d’une seule fois. Je les ai vu à travailler, en vérifiant voiture à voiture, rue à rue, tous les jours, les mêmes endroits. La mairie n’a pas d’argent et elle a loué l’exploitation du droit de stationner dans la ville aux privés!!! Crise des recettes, crise des dépenses, donc. C’est une ville dont je vous parle comme allégorie, Faro, un peu comme Camus, car je parle du pays, de mon pays, je parle aussi de l’Espagne, de l’Irlande, de la Grèce, de l’Italie, de Chypre, de Malte, de la Slovénie, je parle déjà d’une grande partie de cette Europe martyrisée avec l’application d’un modèle économique et sociale, le néolibéralisme, qui est en œuvre a faveur donc de la reconstitution d’une empire, l’empire Allemand, avec ses liaisons, avec ses compromis, avec les chinois, avec le même modèle économique que eux, le néomercantilisme agressif. Donc, ce pouvoir allemand, se bâtit sur le dos des autres États-membres, avec la désindustrialisation de l’Europe.
