Selecção e nota de introdução de Júlio Marques Mota
Um amigo comum a Alain Garrigou mandou-me este texto. Depois do nosso artigo sobre Sócrates, Relvas e Sarkozy, artigo este desencadeado pelo trabalho de Alain Garrigou sobre o mestrado de Sarkozy, temos mais uma peça do referido professor, jornalista também.
Agora que em Portugal temos ou iremos ter, para já, o caso Miguel Sousa Tavares, aqui vos damos a conhecer um outro texto sobre o que se passa em termos de liberdade em França, naquela que, para mim e durante muitos anos na minha juventude, foi a Pátria da Liberdade, agora governada sobre a égide de um “austeriano” moderado que se reclama de socialismo, François Hollande. Estas são peças que nos mostram que na verdade e mesmo ao nível político vamos a caminho dos anos 30.
Júlio Marques Mota
L’expression « extrême droite » est-elle diffamatoire ?
Alain Garrigou
Est-il injurieux et diffamatoire de désigner quelqu’un comme étant d’extrême droite ? Ce n’est pas une question absurde si elle prend un tour judiciaire. Et encore moins lorsqu’elle concerne personnellement avec cette convocation datée du 6 mars 2013 par un juge d’instruction du Tribunal de grande instante de Paris pour des propos « susceptibles de porter atteinte à l’honneur ou à la considération de Christian Latouche et la société Fiducial ». L’objet est mon éventuelle mise en examen. Dans cette situation, on se demande immédiatement, et vaguement inquiet, ce qu’on a pu écrire pour susciter la plainte. Et en l’occurrence qu’a-t-on pu dire qui ait échappé à une vigilance pourtant attentive, par expérience, à ne pas fournir aucun prétexte. Quels sont en effet les propos incriminés d’un article intitulé « La deuxième mort de l’Ifop » paru le 17 mars 2011?
« Le rolling poll du 16 mars 2012, réalisé par l’Ifop et Fiducial est donc une sondage payé par l’entreprise de la présidente du MEDEF et un grand groupe d’expertise comptable dirigé lui par Christian Latouche dont les affinités idéologiques avec l’extrême droite sont bien connues ».
« Spécialiste du conseil juridique et financier aux entreprises, le groupe Fiducial paye également les sondages Opinionway, dont la dernière livraison annonce Nicolas Sarkozy à égalité au premier tour de la présidentielle avec François Hollande avec 27,5 % d’intentions de vote (Opinionway-Fiducial-Le Figaro-LCI, 16 mars 2012).
Un propos diffamatoire ? Devant l’insignifiance des passages relevés, on peut supposer qu’est surtout mis en cause la mention des « affinités idéologiques avec l’extrême droite » concernant le plaignant. Il est toujours délicat pour un scientifique d’avoir à répondre de ses propos dans un cadre non scientifique, et a fortiori celui de la justice. En souvenir de ceux qui ont eu à le faire devant des tribunaux plus sévères, il faut pourtant en passer par là en espérant que cela serve à quelque chose.
1 – Le label « extrême droite » est défini par certains caractères, la proximité avec des partis et des idées situées à l’extrême droite. Dans son aspect partisan, le soutien exprimé par Christian Latouche à l’entreprise de Bruno Mégret, dissident du FN, suffit à établir au moins ce que nous avons appelé des « affinités ».
La présence de Christian Latouche est mentionnée dans le n° 32 du journal du MNR Le Chène
Le propos suivant
(une partie reprise dans un article de Rue 89) ont été prononcées lors d’un congrès du syndicat patronal CGPME en octobre 2004:
Parlons de la filière porcine. On n’importe plus que des porcs de Chine. Je pense que la truie chinoise doit avoir un téton en plus, ça doit être l’explication. Parlons de la pêche. La pêche est japonaise, les Japonais se foutent pas mal de ce que nous racontons. Ils pêchent des baleines et ils pêchent des dauphins, et ils les mangent…. Parlons des services. Il n’y a pas plus de restauration en France (…) les services de proximité à Paris, excusez-moi, c’est encore quelqu’un issu de l’immigration qui est là le samedi et le dimanche ouvert 24h sur 24. On se croirait à New York, et c’est sûrement pas un Français de souche. J’ai lu Paris-Match aujourd’hui même le clergé séculier, on le recrute en Afrique. Depuis deux ans qu’est-ce qui a été fait pour éviter cela : rien. Alors Où va-t-on? On va vers la prolétarisation des Français, la pauvreté est l’avenir des Français”.
Sans commentaire. La 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris a débouté M. Latouche le 16 février 2013 de sa plainte pour diffamation publique contre le périodique en ligne Rue 89 qui avait évoqué son « flirt avec l’extrême droite ». On comprend mal une nouvelle plainte pour les mêmes faits. On peut admettre qu’il soit désagréable à un particulier d’être situé publiquement à l’extrême droite ou même d’avoir une position politique quelconque s’il s’agit d’un particulier ou d’un entrepreneur économique étranger à l’action politique. Or, M. Christian Latouche est aussi un patron de presse, propriétaire de Lyon Capitale (un magazine mensuel), Lyon Capitale TV (une chaîne de télévision locale), Lyon Capitale Radio (une radio locale) et candidat à une chaîne nationale de la TNT. Comme commanditaire régulier de sondages, il intervient aussi dans la vie politique et ne saurait bénéficier de l’indifférence des observateurs. Le passage incriminé concernant les sondages d’Opinionway financés par Fiducial est un pur constat : il ne relève cependant qu’un seul sondage sur un total de 70 comptabilisés sur le site internet du sondeur entre mai 2009 et juin 2012. De même, Fiducial apparaît 65 fois comme commanditaire de sondages Ifop depuis 2008. Quant au fait qu’Opinionway ait donné des chiffres d’intention de vote en faveur du président sortant supérieurs aux autres entreprises, c’est le résultat de la veille effectuée pendant la campagne électorale de 2012 par nos soins. L’interrogation sur les chiffres n’est que le revers de la médaille du secret industriel dont se prévalent les sondeurs pour interdire de contrôler leurs résultats.
2 – La démonstration factuelle n’est pourtant pas l’essentiel. En accusant l’expression « extrême droite » d’être diffamatoire, M. Christian Latouche ne s’en prend pas à n’importe quel label. La justice a pu considérer que le qualificatif de « fasciste » était bien diffamatoire. L’expression « extrême droite » ne peut lui être assimilée parce qu’elle est relative. Elle n’a de sens que par rapport à d’autres positions politiques ou idéologiques et ne peut être récusée sans subvertir tout un système de classement. Dans les régimes démocratiques parlementaires, on utilise depuis le 19ème siècle une taxinomie topographique distribuant les courants politiques entre extrême droite et extrême gauche. Des travaux de science politique ont exploré la genèse et les usages de ce classement politique qui est devenu le plus commun[1]. Il suffit de citer le livre classique d’André Siegfried qui justifie ainsi sa démarche : « J’ai pensé me faire mieux comprendre en me mettant moi-même à l’abri de cet effrayant flot verbal et en employant de préférence le vocabulaire le moins changeant. Les termes d’Extrême-Droite, de Droite, Centre, Gauche, Extrême-Gauche désignent à peu près constamment les mêmes réalités. Aussi me suis-je attaché, au cours de ce livre, à qualifier autant que possible les gens et les partis selon la position occupée par eux dans un amphithéâtre parlementaire idéal » (André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, 1913, p. 48). Malgré ses limites, on ne voit pas comment se passer d’une telle taxinomie en France et ailleurs puisque cette manière de procéder est universelle. Prétendre que le qualificatif d’extrême droite est diffamatoire conduirait à enlever une catégorie de l’éventail et à finalement interdire le classement politique le plus classique. Car n’y aurait-il pas lieu de se plaindre pour ceux qui seraient classés à l’extrême gauche, à droite, ou ailleurs ? Prétendre interdire l’appellation d’extrême droite pourrait bien être une idée d’extrême droite. Entrer dans cette logique reviendrait à interdire toute science politique et aussi bien à censurer les commentaires médiatiques.
(continua)
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[1] . A. Garrigou, «Inventions et usages de la carte électorale», Politix, 7, 1991, Eric Phélippeau, «La fabrication administrative des opinions politiques: votes, déclarations de candidature et verdicts des préfets (1852-1914)», Revue Française de Science Politique, 4, 1993, J. Le Bohec, C. Le Digol (dir.), Gauche-Droite. Genèse d’un clivage politique, Paris, PUF, 2012.

